La chaleur est telle que nous obtenons un aménagement des horaires : ce sera 05h00 -13h30.
L’enduit est épais : un badigeon rose a recouvert le corps d’enduit gris clair qui masque la belle variation des briques. A part quelques parties qui sautent facilement, l’enduit est extrêmement dur. Parfois la brique vient avec. Nous creusons les joints d’un bon centimètre, emportés sans doute par le plaisir de libérer chaque variation. Le soleil est de la partie. Puis un énorme maçon viendra ordonner la fermeture de tous les joints: « C’est vrai, cette bâtisse dans l’eau qui pompe tout Le Touch …il faut la protéger du bas, et il faut la protéger du haut !… l’eau du ciel doit ruisseler sur la façade.»
Grâce au sable du canal de fuite, les joints clairs affleurant donneront une belle lumière…
Le soir, parcourant les champs de maïs, il faut aller chercher le lait. La ferme est belle : dans la plaine, elle tient tout le tour. Les paysans sont merveilleux : on parle des bêtes, des saisons, de l’eau, de la grange immense, du chien fou qu’il faut «piquer».
Poucharramet est là haut, tranquille, ventilé et ombragé! Peut être un téléphone ? Un café ? C’est parti.
Je ne l’ai pas vue de loin, elle se tient dans la pente masquée par une frondaison.
Ça y’est, je suis là comme le facteur: debout devant le portail. Ça a duré longtemps.
C’est un choc, lent et simple.
Ça tient sans effort, la brique est nue, régulière, les enduits sont des rectangles, le béton est du béton, le sol est comme la façade : des surfaces qui regardent, les balcons sont des pièces, la pluie n’a pas fait mal… tout l’autour est dedans, je suis dedans bien que dehors encore.
Je ne sais pas qui a construit ça, c’est sûrement un architecte.
Août : la Corse, à pied.
Septembre : dans la librairie Privat, le beau titre d’un livre m’attire la main :«Quand les cathédrales étaient blanches» par un certain Le Corbusier dont le nom ne m’est pas inconnu.
Sur les quais, à seize ans, je l’ai lu.
L’architecture, c’est formidable…
A Poucharramet, une dame m’avait indiqué sa maison. Elle est simple, ordinaire. C’est émouvant cette vie d’homme qui a tant bâti.
Merci Monsieur Castaing
Laurent Tournié
Toulouse, 01 novembre 2011