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Ce projet s’inscrit dans le cadre d’un projet d’aménagement concerté de la ville de Toulouse ayant pour objets : la transformation des abattoirs municipaux en « centre d’art moderne et contemporain », la restauration/reconstruction d’un morceau des remparts de la ville moyenâgeuse, la réalisation d’un jardin public et la construction d’un programme de logements et de bureaux  ( ce programme ayant été « confié » à divers maîtres d’ouvrages privés)

 

L’implantation, la hauteur, les divers accès, la longueur, la largeur (18m environ selon une première étude de faisabilité qui préconisait la construction d’un programme de bureaux ), le matériau de parement et les principes de symétrie imposés, l’obligation d’installer des « toits en tuiles » au sommet des bâtiments, le pourcentage de « grands » logements … avaient été dictés par les services municipaux de l’ « esthétique urbaine » et par les « Architectes des Bâtiments de France ». Ces contraintes réglementaires s’ajoutant naturellement à celles du Plan d’Occupation des Sols de la Ville de Toulouse, des règlements préfectoraux de protection acoustique, de sécurité incendie…

 

Il s’agissait, du fait du très grand nombre de contraintes et paramètres fixés au préalable, de comprendre les processus de modification que l’édification d’un tel projet dans ce paysage urbain  à la fois remarquable et ambiguë allait provoquer tout en recherchant les meilleures conditions d’ orientation et de dimensionnement des logements.

La nécessité consentie d’employer en parement la brique de terre cuite (5x5x28cm) associée à l’exigence (et à l’économie) de ne jamais provoquer d’ouvrages de linteaux, d’arcs, de franchissements quelconques du matériau (afin de ne pas singer les magnifiques ouvrages que les époques qui utilisaient la brique non pas comme parement mais comme module structurel avaient permis), ont installés dés les premiers pas du projet la certitude de procéder par alternances verticales « de blocs de briques et de blocs de baies ». Cette anticipation formelle permet de composer des baies de faible largeur (toute hauteur d’étage) selon la nécessité d’employer des châssis à frappe (et non pas coulissants) pour assurer une forte isolation acoustique. Ce dispositif de façade verticale possède l’ avantage de ne pas proposer de niveau de référence horizontal intermédiaire avec les reconstructions peu élevées du centre d’art ou des remparts.

A partir de ces présupposés architectoniques qui concernent les relations périphériques du bâtiment avec les quatre cotés de son site, restent à projeter les rapports du bâtiment entre « ciel et terre » ou plutôt « ciel et sols »…:

Le sous sol, essentiellement constitué de remblais, d’alluvions… et de surcroît menacé de crues centennales,  n’est pas très accueillant… et tous les rez de chaussée  des Allées Charles de Fitte se trouvent en léger contrebas par rapport au trottoir ( cet écart est issu de la mise en œuvre isolée du pont des Catalans et des voiries connexes…) ce qui tend à créer une certaine instabilité du sol: l’installation d’une douve plantée ou prend place la rampe d’accès des véhicules vers les deux niveaux de sous sol permet d’installer une distance supplémentaire avec l’agitation des « Allées » (2 X 3 voies de circulation automobile !) tout en redéfinissant de nouvelles proportions pour la façade qui dorénavant s’enfonce dans le sol et confère à l’édifice un caractère de plus en plus hiératique et sourd, que son isolement dans le jardin semble exiger… ainsi l’accès des piétons à un hall unique de 100m² se fait dés lors par une passerelle, non pas militaire à l’instar des remparts médiévaux… mais garantissant de fait une facilité des contrôles d’accès ...)

La brique (même rapportée) exprime par sa mise en œuvre horizontale sa soumission à la gravité (compression). Son désir de ne pas restituer toute la lumière ( porosité et surface gauche…) est conjugué avec celui du zinc (autre « éponge » à lumière…) qui vient protéger les ouvrages horizontaux tels que têtes de murs, têtes de dalles, dispositifs d’occultations (stores vénitiens « Griesser » ou volets roulants selon les destinations des pièces et les cadrages du paysage ) ou le toit cintré du luxueux penthouse du milieu.

Afin de mettre au deuxième plan les ouvrages décoratifs imposés de couverture en tuile et de proposer une hauteur admissible du bâtiment par rapport aux annexes du centre d’art, de grandes jardinières dans lesquelles sont plantées de véritables arbres  sont installées au dernier niveau: ce dispositif permet au « toit » de cesser d’être ce type de  « couvercle » régionaliste (fruit des règlements et de la paresse) pour devenir le lieu où coexistent des « jardins et des maisons » qui échappent aux bruits du boulevard pour s’adresser au ciel et au fleuve.

Afin de traiter les façades latérales comme de véritables façades et non comme des pignons à trouer,  le sens de la structure est inversé sur les dernières travées, ainsi celles ci maintiennent leurs « crénelages » jusqu ‘en haut  afin de fortifier l’assise de l’angle du bâtiment tout en lui permettant de s’adresser au loin selon une répétition de tours qui tentent un « dialogue » avec l’architecture militaire du rempart.

Coté Garonne, le bâtiment exprime pleinement son désir de s’ouvrir vers le jardin, les grandes verticales de brique se creusent pour libérer des loggias suffisamment profondes (2m50) pour entrer en résonance avec la profondeur du paysage et deviennent de véritables pièces à vivre.

 

Les conditions « commerciales »  de la maîtrise d’ouvrage n’étant pas requises pour projeter des appartements de type duplex qui auraient cependant permis de produire un bâtiment de 18m de large (comme une hâtive « pré-étude » l’avait indiqué en fixant une SHON pondérée de 4100 m² très difficile à atteindre), le travail s’est porté sur des choix typologiques clairs susceptibles de ménager des cadrages vers les éléments remarquables du site, de créer les conditions d’évolution du projet selon l’avancement des ventes d’appartement en préfigurant systématiquement les fusions de deux, trois, voire quatre appartements en un seul, sans modifier la structure et les fluides (y compris le gaz). Au final, le bâtiment mesure 17.20m de large (S.H.O.N. constructible finale de 4467 m²), sans sacrifier aucun logement et en permettant d’équilibrer, sur le plan thermique, son inertie générale que les redents de la façade sud-ouest avaient altéré (en augmentant le linéaire de parois…) : Notons que ces redents offrent, par leur forme même, la meilleure protection solaire…

Pour prétendre produire aujourd’hui des logements décents il convient de maîtriser au maximum les qualités des rapports intérieur / extérieur en contrôlant la forme des baies à travers leurs  dimensionnements, leurs mise en œuvre, selon leurs destinations dans les pièces, leurs niveaux de protection au bruit, au soleil…etc. Sept types de baie différents ont été projetés en détail (1/10 et 1/2) avant de dresser les plans et  les élévations du bâtiment.

Ainsi, et comme souvent, le projet est dessiné au 1/500 et au 1/200 pour aborder les questions de distributions, de typologies, de dimensionnement par rapport aux divers systèmes ( topographie, voirie, réseaux divers, bâti existant, plantations …) du site, puis selon l’impulsion de quelques croquis toujours un peu optimistes, un certain nombres de détails sont entrepris au 1/10, au 1/20, ou même « grandeur » afin de dimensionner au plus juste les éléments  significatifs du projet ( ici les baies avec la brique…). Ensuite les plans et les élévations du projet peuvent être dessinés au 1/50 puis réduits avant de servir de support aux dossiers administratifs…Enfin, le projet peut être dessiné selon les procédés infographiques pour connaître les assauts répétés des modifications d’usage (commercialisations pressées …etc.) : En effet, au fur et à mesure des attributions d’appartements, divers acquéreurs provoquèrent un grand nombre de modifications dont la plus spectaculaire fut de créer un appartement de 285 m² en duplex  avec 150 m² de terrasses et jardinières et une piscine…

 

Ce projet ne verra jamais le jour pour d’obscures raisons …: le permis de construire était obtenu depuis 18 mois dans cette zone d’aménagement concerté… prés de 60 % des appartements étaient vendus… le financement était acquis… la quasi totalité des marchés avaient été traités selon le budget initial de 27 M.F. HT (4 115 000 euros )……………………………………………………………………………………………………………………..