Pour bâtir un espace il faut d’abord le projeter : nous devons passer par l’abstraction du dessin et de la maquette pour tenter, d’une part de voir et de comprendre la structure du lieu, l’ordre qui vient, et d’autre part de clarifier notre désir d’espaces.
Chaque projet contient son propre désir d’être, d’être là sans effort, dans le temps, dans la ville ou dans la campagne. Pour projeter un espace, il faut d’abord chercher à connaître son orientation, c’est à dire lui donner une direction selon le soleil, le vent, les mouvements des sols, les actions des hommes… en relation avec la ville, c’est à dire avec les autres espaces qui sont déjà là ou qui cherchent à exister.
Ce par quoi on commence un projet d’architecture relève presque toujours d’un travail nourri par un désir d’espaces et je crois qu’il n’y a pas de possibilité de fabriquer un espace sans chercher à produire de l’intérieur, c’est à dire une direction et un sens dans un dispositif mesuré de transparences.
Ceci n’est vraisemblablement pas aussi nécessaire pour un paysagiste ou un urbaniste qui doivent également fabriquer des espaces ………….
Et une transparence c’est un ensemble d’opacités éclairées…tu te souviens de notre conversation sur la villa Sarabaï ?
Nous y voilà, je voulais te parler de la lumière. Tu m’interroges sur ce que je pense de « la pierre » : je suis comme beaucoup d’architectes : j’aime les pierres et j’aimerai pouvoir bâtir plus souvent avec toutes sortes de pierres et avec toutes sortes de maçons; Toutes ces lumières et toutes ces couleurs sur une simple pierre, c’est merveilleux. Je viens de la plaine, d’un pays de terre cuite ou l’on ne voit les bâtiments que par en dessous… et je ne suis pas encore parvenu à bâtir avec de la brique ! Ce n’est pas faute d’avoir essayé: la très grande majorité de nos contemporains préfèrent le pastiche, Ils veulent bâtir le moins cher possible et sont si fiers quand ils y parviennent.
« Peu importe le matériau, ce qui compte c’est l’usage que l’on en fait. » Je crois que Mies a dit cela.
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L’étude appliquée des œuvres de Mies et de Kahn, mais aussi l’observation continue des œuvres du passé me conduisent à modifier constamment mon rapport avec les matériaux ; ma formation initiale aux choses de l’architecture manquait cruellement de réflexions sur cette question élémentaire :
« Avec quoi, là, bâtir ? »
Cette question bien posée peut nous conduire parfois à bâtir avec un modeste enduit appliqué sur un mur de maçonnerie ordinaire. Et bien, devenons expert en enduit ! Comment bien réaliser les angles saillants, les angles rentrants, le bon contact avec les ouvrages de menuiserie ou de serrurerie, le meilleur dessin pour ces seuils ? Quel contact avec le sol, avec le ciel ? Composer avec les moments de pose et de déplacement des échafaudages… une seule couleur si changeante à chaque heure de chaque saison ; Assumer cette faible planéité en lumière rasante… Maitriser les parcours de l’eau de pluie …. Tous ces beaux problèmes qui nécessitent de la mesure, du temps et de la bonne compagnie ! Ce n’est pas moi (heureusement) qui vais dresser l’enduit ! Nous ne bâtissons jamais seuls.