Celui ci utilise la pierre de taille, avec de grands blocs sans même fermer les joints ! Celui là ne taille que les faces d’assise et laisse chanter les faces vues…., tel autre n’utilise la pierre qu’en parement tantôt sculptée, tantôt polie, celui là fabrique de beaux dallages, celui là dresse des murs de pierres sèches sans donner un seul coup de massette sur ces blocs aigus … Et ces fidèles qui ont bâti, il n’y a pas si longtemps, les plus belles voutes du monde ! Et les bâtisseurs Incas : sculpteurs de génie !
Parmi tous ces ouvrages du passé certains produisent de merveilleux espaces, certains autres n’y parviennent pas. Souvent, mais pas toujours, ceux qui donnent tant d’amour à l’ouvrage plein, parviennent également à définir le vide avec soin : les efforts imposés par la voute ou le dôme sont tels qu’il semble difficile de produire un espace faible…
Les ouvrages bâtis servent à franchir, supporter, protéger, contreventer, isoler, drainer…
Mais s’ils ne servent pas à fabriquer un espace, nous n’avons pas fait le travail.
Dés qu’un ouvrage est construit, il produit instantanément un espace, à la double condition qu’il se trouve au moins un homme pour l’habiter et que celui ci puisse en contempler l’ombre définitive et changeante.
Rappelons ici le grand gaspillage : Tous ces espaces construits à la hâte: Là ou il fallait donner du temps et de l’intelligence, on a imposé le délai le plus court et les bâtisseurs les plus arrangeant (les moins dérangeant). Parfois on fait travailler un architecte, si possible flanqué d’une kyrielle de spécialistes : Parfois cela permet quelques beaux espaces…
Un matériau c’est de la matière organisée en vue de sa mise en œuvre. Si l’on peut dire que chaque matériau induit un certain procédé de mise en œuvre, je ne crois pas qu’un procédé génère de fait tel type d’espace : Le procédé ne fait pas la forme car en architecture la forme ne se résume pas à la forme du plein.
« L’architecture c’est le vide, à toi de le définir » ! (2)
On se contente souvent de maintenir la production de la forme architecturale comme organiquement assimilée à celle de la forme des ouvrages construits. Cela laisse supposer que l’assimilation de quelques savoirs élémentaires fondés sur le COMMENT bâtir pourrait permettre à quelque sachant de faire (et pourquoi pas?) de l’architecture en laissant au seul programme (ou à l’ « écologiquement correct »…) le soin de nous dire QUOI bâtir.
Il n’y a pas d’espace sans lumière.
Certes, la coupole contient également un espace conquis par l’ouvrage qui le définit, mais celui ci n’existe pas tant que la lumière ne l’a pas irradié: ainsi la même coupole appuyée sur quatre murs aveugles ne livrera pas le même résultat que celle posée sur un anneau de trumeaux et de baies qui la feront littéralement flotter, voire tourner si tu es fatigué ou si tu as trop bu …
Chaque matériau mis en œuvre participe complètement de la forme, qu’il soit ou non constitutif de la structure, qu’il soit visible ou non.