Cette partie du travail de transmission est la plus jouissive parce qu’elle permet d’explorer de subtiles questions sans subir la pression du résultat: la «fiction contextuelle» du cadre pédagogique permet cela.
Les étudiants s’impatientent parfois de me voir dessiner ou critiquer autre chose que «leur» projet, ils pensent que ce qu’ils appellent «leur» projet (et qui peut n’être encore que deux problèmes résolus simultanément...) est plus important que l’exploration, même sommaire, d’une question essentielle:
Que signifie entrer ?
Pourquoi on ne peut créer un espace que lorsque l’on sait comment l’orienter ?
Qu’est ce que l’on voit dans une transparence ?...
Encore Louis Kahn: (2)
« Dans la nature - le pourquoi
Dans l'ordre - le quoi
Dans le projet - le comment »
Je ne suis pas capable d’enseigner le pourquoi ...
Je peux indiquer, à la limite, où et comment s’interroger.
et j’assume de livrer quelques unes de mes réponses ou plutôt des réponses que j’ai adoptées ou reçues.
Parfois je me permets de ces choses : « pensez vous que l’architecture soit nécessaire à l’homme et pourquoi ?
Y a t’il de l’architecture dans les logements que vous habitez et pourquoi ?
Voulez vous continuer à devenir architectes et pourquoi ?
Pouvez vous projeter sans penser à la matière et pourquoi ? pardon, oubliez cette question, prenez plutôt celle ci: quelle est la différence entre la matière et un matériau ?... »
N’enseigner que le comment est impossible.
Les enseignements de «construction» des écoles d’architecture, échouent dans cet isolement.
«La construction n’est pas un outil pour résoudre mais un instrument pour concevoir» (3)
Voilà pourquoi il y a l’ordre:
De quoi cette chose là est elle faite ?
Quelle est sa nature ?
Qu’est ce qu’elle désire être ?
Comment faut il la construire pour qu’elle puisse accéder à la présence...?
Sur ce questionnement, il doit y avoir confrontation: nous ne sommes pas toujours d’accord avec l’autre.
Cette altérité construit les fondements du projet.
Sans la volonté de faire associée à celle de partager: ni connaissance, ni oeuvre.
Un autre moment de confrontation est la critique des doctrines de quelques grands architectes modernes.
Cette initiation à la critique constitue un travail énorme mais il est indispensable; C’est aussi une source de progression et d’excitation importante que d’aller visiter et revisiter les oeuvres des grands, de chercher la pensée là ou elle se trouve et non pas autour...
Ces critiques parviennent parfois à convaincre l’étudiant de la nécessité de se cultiver, de cheminer à son tour avec les oeuvres de quelques monstres afin de construire sa propre position, son propre panthéon...