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Si « rien n’est à inventer et qu’il faut tout réinventer » (3), il nous appartient tout de même de chercher les « sources de l’invention » afin de les fréquenter, modestement, à notre tour.

« Le regard de Vacchini sur le passé, comme celui de Mies ou de Kahn avant lui, n’a rien d’historiciste, il n’en tire aucun mimétisme, ni même aucune citation. Il est aux antipodes des « néo classicismes », du post modernisme ou du maniérisme moderne qui recyclent les images ou les formes spatiales du passé et les recomposent sur un plan que l’on pourrait qualifier de linguistique. Il écarte tout bavardage pour aller aux sources de l’invention véritable, aux questions essentielles de l’architecture, celles qui ont toujours été là mais qui doivent toujours être reposées à nouveau, comme si elles n’avaient encore jamais reçu de solution – faute de quoi il ne resterait que l’image des solutions occultant la question elle même. » Christian Devillers (4)

Projeter c’est questionner encore.

L’activité projectuelle, qui est donc une activité critique, est une activité de culture.

Il s’agit de reconfigurer les écarts, les distances, que nous entretenons avec les œuvres immobiles : les aimer ne suffit pas, il faut les critiquer afin de les rendre intelligibles. Cette reconfiguration nous permet finalement de rendre intelligible notre modeste travail, présent à nous mêmes en quelque sorte : cette exigence demande du temps que l’époque ne veut plus nous donner. 

En architecture, il n’y a pas d’ « éternel retour ». Il n’y a pas non plus de place pour quelque douloureuse marche arrière: l’humaine nostalgie ne nourrit que les rêves.

Projeter c’est être dans la quête continue d’un commencement. Chaque partie de l’objet projeté et chaque étape du processus de mise en œuvre sont soumises à cette convocation du commencement : Nous devons bâtir continûment la preuve de cette adéquation entre le QUOI et le COMMENT.

Voilà pourquoi il ne faut pas « suivre » ses chantiers (encore moins en sous traiter le « suivi ») mais les diriger. Car nous sommes les seuls à pouvoir « séparer le pourquoi du comment » et à connaitre l’origine de chaque principe.

4/4

Un architecte devient un architecte en bâtissant des œuvres d’architecture.

Chaque œuvre est faite d’un travail immense, de questions tranchées, d’ambiguïtés portées jusqu’au bout de la mise en œuvre, de rencontres, de luttes, de prises de risques et de compromis … (Ce matin, sur mon chantier, Corbu m’avait abandonné…et mon client également.)

 

Les militants de COSA MENTALE m’avaient demandé d’essayer de dire ce que représentait pour moi le mot « tradition »….

….  Je ne suis attaché à rien sauf à l’héritage décrié de quelques grands maitres. 

 

Laurent Tournié                                                   Toulouse, mai 2013

(1) Milan Kundera – l’Art du roman - 1986 (Editions Gallimard)

(2) Christian Devillers - Les sources de l’invention –

Introduction à « Capolavori » de Livio Vacchini – 2006  (Editions  du Linteau)

(3) Luigi Snozzi : aphorismes

(4) Hans Georg Gadamer - Vérité et Méthode -1960 (Éditions du Seuil -1996)

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